UNE CAISSE D’ÉCONOMIE AU SERVICE DE LA RICHESSE COLLECTIVE
On m’a demandé de parler de la place des caisses d’économie au sein de l’économie sociale. Je vous réponds par une autre question : connaissez-vous André Laurin? André Laurin a la réputation d’être un homme de grande audace. Au milieu des années 1960, les prêteurs sur gage sont nombreux au Québec. En fait, l’accès au crédit à la consommation pour le monde ordinaire n’existe pas, du moins pas légalement. André Laurin veut mettre fin à l'exploitation que cette situation favorise. La Centrale des syndicats nationaux (CSN) l’engage. Trouvant qu'il ne sert à rien de négocier des augmentations de salaire si c’est pour se faire voler par tout le monde avec qui on fait affaires, aidé de quelques travailleurs, André Laurin réussit à faire plier certaines compagnies de finance. Pour donner un accès respectueux au crédit sur une base individuelle, il incite les travailleurs syndiqués à mettre sur pied des caisses d’économie en milieu de travail.

Des caisses d’économie en milieu de travail
Les premières caisses d’économie offrent trois services : le dépôt, le retrait et le prêt. Au départ, la formule entend permettre aux gens d’accéder au crédit à la consommation. André Laurin projette de fonder plus de 150 caisses d’économie. Son objectif ultime : mettre l’argent en commun et prendre « nos » affaires en main. Au Québec, il y a cette forte ébullition-là, portée par les grands mouvements social, syndical et communautaire. À la CSN, on se dit qu’il faut aller plus loin que le service individuel, qu’il faut soutenir l’action collective.
La Caisse d’économie solidaire
On est en 1971, c’est le point de départ. La mission d’économie sociale de la Caisse d’économie solidaire est partie de là. À l'époque, elle s’appelle Caisse des travailleurs réunis (Québec). Un de ses slogans est formulé comme suit : « Cessons de financer notre exploitation, regroupons nos moyens. » Le projet consiste à donner plus de pouvoir au monde. La Caisse veut créer un îlot socialiste. Les gens déposent leur argent pour créer des projets collectifs qui améliorent le sort de la communauté et son accès à la consommation.
Regroupons nos moyens
On veut permettre de développer des projets collectifs, ce qui est complètement innovateur. Les coopératives d’habitation n’existent pas encore, ni les coopératives de développement régional. La Caisse a donc comme but l’enrichissement collectif. Son développement s’accorde avec le projet de prise en main de la gestion qui s'est élaboré durant les années 1970 : travailler autrement, produire autrement, développer autrement nos milieux. La Caisse incarne « l’autrement ». On veut changer les pratiques financières. On veut aussi vivre autrement le rapport au travail.
La richesse collective passe par les coop
Premièrement, dans le domaine de la production, les coopératives de travail apparaissent. Deuxièmement, sur le plan des conditions de vie, ce sont les coopératives de consommation que l'on met en place. On cible la consommation de biens et de services essentiels. La Caisse forme un regroupement pour l'achat d’huile à chauffage, par exemple.
Les coopératives d’habitation constituent la troisième initiative. La dernière pratique voit le jour dans le domaine du loisir, tout particulièrement autour de la notion de vacances. Il s’agit alors d’une influence européenne, mais également d’une vision d’André Laurin. D’après lui, pendant les vacances, les gens soignent leur tissu familial. Les vacances représentent donc un droit essentiel, un ressourcement de la cellule de base.
Chef de file dans le domaine de l’entrepreneuriat collectif
Trente-cinq ans plus tard, en 2006, la Caisse d’économie solidaire est issue du regroupement de huit caisses différentes. C’est son projet de soutenir une économie créatrice de richesse collective qui s’est transcendé. Ses valeurs militantes sont ancrées profondément dans l’action économique, politique et sociale. Ses membres viennent de quatre grands réseaux : syndical, associatif, coopératif et culturel. La Caisse réunit près de 10 000 membres, dont 2 562 entreprises collectives. Elle finance plus d’un logement communautaire sur cinq au Québec et figure parmi les 40 caisses les plus importantes du Mouvement Desjardins. Seule institution financière au Québec qui soit exclusivement dédiée au développement de l’entrepreneuriat collectif, elle se distingue aussi par son expertise dans le domaine de la finance socialement responsable.
Donner du pouvoir aux personnes
Voilà comment s’est incarnée une pensée économique originale implantée par des coopératives et des syndicats. Depuis 35 ans, la Caisse d’économie solidaire Desjardins a développé une expertise unique en matière d’économie sociale et coopérative, un domaine laissé en friche par les autres institutions financières : « Je vous dirais qu’après avoir rêvé au grand soir, à une cassure permettant la mise en place d’un modèle qui changerait la vie, il y a belle lurette que j’ai abandonné cette voie – et la Caisse aussi. J’ai maintenant la profonde conviction que la seule façon de construire de façon durable, de rendre nos conditions de vie plus humaines, c’est de faire le pari de la démocratie. Travailler à donner du pouvoir aux personnes, c’est la seule façon d’améliorer leur sort », affirme Clément Guimond, son coordonnateur général.
Marie-Reine Roy, de la Caisse d’économie solidaire Desjardins

SOMMET DE L’ECONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE
DES DIZAINES DE MILLIONS POUR LE DÉVELOPPEMENT DE L’ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE
Montréal, le 17 novembre 2006 – Personne au Québec ne peut plus nier la contribution importante de l’économie sociale pour le développement de nos communautés a soutenu en substance monsieur Jean Charest, premier ministre du Québec, à l’occasion du Sommet de l’économie sociale et solidaire.
Lors de ce sommet, le premier ministre a annoncé un investissement de 10 millions $ destiné aux entreprises du secteur de l’économie sociale. D’autres annonces d’investissement dans ce secteur suivront dans les prochaines semaines.

Des engagements concrets
Dans le cadre de cette rencontre, les acteurs et les partenaires du secteur de l’économie sociale ont appuyé unanimement une série de pistes d’action en faveur d’un développement économique sans perdants. Ces 650 leaders impliqués dans le développement et le soutien des entreprises collectives ont présenté des engagements formels pour soutenir le développement de ce secteur.
Le sommet a fait ressortir la diversité des activités générées dans l’économie sociale et la plénière d’aujourd’hui a démontré que les intentions d’actions étaient aussi très variées. Ainsi, pour répondre au problème de relève dans la PME, le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité, le Chantier de l’économie sociale et d’autres réseaux se sont engagés à promouvoir et faciliter le transfert de propriété vers l’entreprise collective. D’ici 2009, les entreprises adaptées, représentées par le Conseil québécois des entreprises adaptées (CQEA), ont l’intention de créer 600 nouveaux emplois pour les personnes handicapées dans toutes les régions du Québec. Le Regroupement des centres d’amitié autochtones s’est engagé à promouvoir l’économie sociale comme mode de développement économique au sein des Premières Nations.
Les organismes de développement international, présents et accompagnés de nombreuses délégations étrangères, ont réitéré leur appartenance au secteur de l’économie sociale d’ici et d’ailleurs. Dans le cadre de son programme Uniterra, le CECI, par exemple, s’engage d’ici mars 2009 à soutenir, par la mobilisation de plus de 200 volontaires recrutés par le biais des réseaux d’économie sociale et solidaire du Québec, les initiatives de développement économique et social d’une centaine d’organisations d’Afrique, d’Asie et des Amériques, et à renforcer les partenariats établis entre acteurs de l’économie sociale et solidaire du Québec et du Sud.
La CSN s’engage, entre autres choses, à poursuivre avec vigueur sa campagne en faveur du commerce équitable et de la consommation responsable, en alliance avec Équiterre et OxfamQuébec, et à coordonner ses activités sur une base régionale avec les autres groupes et organismes engagés sur ces questions.
Le Chantier de l’économie sociale, l’organisme instigateur du sommet, considère que les résultats du sommet vont au-delà des attentes. Patrick Duguay, président du conseil d’administration du Chantier, s’engage à assurer, en collaboration avec les divers partenaires, le suivi de l’ensemble des propositions pour qu’elles se transforment en réussites.
economiesocialequebec.ca et achetersolidaire.com
Dans la foulée du sommet, le Chantier de l’économie sociale a annoncé en collaboration avec Bell la mise en ligne prochaine du portail economiesocialequebec.ca mettant en valeur tous les organismes et les entreprises de l’économie sociale. Achetersolidaire.com sera la vitrine des produits et des services de l’économie sociale. Cette section du portail favorisera le commerce entre les entreprises, les réseaux et le grand public.
À propos du Chantier de l’économie sociale
Le Chantier de l'économie sociale est une organisation autonome ayant comme principaux mandats la promotion et le développement de l’économie sociale. Corporation à but non lucratif, le Chantier réunit des promoteurs d’entreprises d’économie sociale oeuvrant dans de multiples secteurs d’activités, des acteurs du développement local et des représentants des grands mouvements sociaux.
Renseignements : www.chantier.qc.ca
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Saison de l’économie sociale et solidaire
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